Bicentenaire de la naissance de Thomas Couture

 

THUMB

Les Musées de Compiègne, Amiens, Beauvais et Senlis organisent conjointement une grande exposition autour de l’oeuvre de Thomas Couture (1815-1879), à l’occasion du bicentenaire de sa naissance à Senlis.
Formé à Paris dans les grandes écoles de peinture, il rejoint ensuite les ateliers d’Antoine Gros et de Paul Delaroche. En 1837,  une de ses oeuvres est finalement primée au concours du Prix de Rome, il accède alors à la reconnaissance et entre au Salon de Paris, seul moyen d’être exposé à l’époque. Il y fera impression avec Les Romains de la Décadence et sera même décoré de la Légion d’Honneur quelques années plus tard. Son style assez classique et sa technique hors pair font de lui un artiste très apprecié des instances académique.

Thomas Couture - Les Romains de la Décadence

Les Romains de la Décadence

Se voulant avant tout « peintre d’histoire » (il revendique l’héritage de Jacques-Louis David par exemple), Thomas Couture se retrouve pourtant confronté aux exigences de sa propre survie et réalise donc de nombreux portraits (dont un, connu, de l’historien Jules Michelet), se mettant au service de familles bourgeoises ou de notables.

Jules Michelet

Jules Michelet

Fin 1848, l’Etat lui commande une grande fresque à la gloire de la nouvelle République, censée être exposée à l’Assemblée Nationale. Couture réalise alors L’Enrôlement des Volontaires de 1792 (exposé au MUDO de Beauvais) mais son éxécution sera interrompue en 1851 suite au coup d’Etat de Napoléon III et l’instauration du Second l’Empire. A la place, l’Empire lui commandera un tableau représentant Le Baptème du Prince Impérial (1856 – exposé au Palais Impérial de Compiègne), mais qui, lui non plus, ne sera jamais achevé. On lui fera ensuite miroiter la décoration d’un pavillon au Louvre mais le projet sera confié à quelqu’un d’autre après des mois de tergiversations. Couture se brouille alors définitivement avec le pouvoir et retourne à Senlis, où il se consacre surtout à la formation d’autres peintres dans son atelier. Son apport technique au portraitisme est reconnu mondialement encore aujourd’hui et a été celebré par ses élèves, dont John La Farge, Anselm Feuerbach et bien sur Edouard Manet.
Son style éclectique le place pourtant hors des courants majeurs du XIXème siècle. Couture n’assumera jamais totalement le romantisme et restera toute sa vie réfractaire au réalisme, alors en plein essor, lui préferant les allégories plus classiques (Damoclès, La Noblesse, Les Romains de la Décadence…) parfois jusqu’à la caricature (Le Réaliste, Le Roi de l’Epoque…). Pour lui la représentation des symboles, des « véritables images » prime sur la représentation du réel, et il ajoutera souvent une dimension symbolique dans ses oeuvres (faisant même souvent appel à des personnages de la Commedia dell’Arte).

L'Enrôlement des Volontaires de 1792

L’Enrôlement des Volontaires de 1792

On peut distinguer (surtout dans la seconde moitié de son oeuvre) une certaine mélancolie s’exprimer chez lui, surement autant dûe à l’essor du réalisme qu’à des déceptions répetées dans le monde académique.

On trouve une critique des mondanités bourgeoises au sein desquelles il a longtemps évolué dans certains tableaux. Dans Souper à la Maison d’Or (1855 – exposé au Musée d’Art de Senlis), un personnage de Pierrot, portant les traits de l’auteur lui même, participe désabusé à une fin de soirée décadente dans un club parisien, alors en vogue, « La Maison d’Or », dans le quartier de l’Opéra à Paris. Les personnages sont réels (Anselm Feuerbach à gauche, la courtisane Alice Ozy à droite), le lieu est bien connu des parisiens: on pourrait donc avoir là une oeuvre réaliste, représentant une situation typique, assumant la dignité du réel, mais l’auteur choisit d’y faire primer la symbolique en y insérant des allégories. A noter que cette toile a été originalement conçue pour figurer en diptyque sur le thème du Vice et de la Vertu, face à une autre intitulée La prière après le Travail.

Restauration de "Souper à la Maison d'Or"

Restauration de « Souper à la Maison d’Or »

 

Les différents musées se sont partagés les oeuvres disponibles par thème:
Le « MUDO » de Beauvais, qui a fait venir de Vancouver L’Enrôlement des Volontaires, met en avant sa restauration et a réuni des croquis et des dessins préparatoires. (jusqu’au 11 Janvier 2016)
Le Musée Vivenel de Compiègne a sélectionné des portraits privés, dessinés et peints, réalisés sur commande par Couture. (jusqu’au 31 Janvier 2016)
Le Palais de Compiègne expose sa collection contenant notamment Le Baptème du Prince Impérial et le projet pour le pavillon du Louvre. (jusqu’au 1er Février 2016)
Au Musée de la Picardie d’Amiens, qui n’a été doté d’aucune toile, une exposition de dessins préparatoires permettant de comprendre la réalisation de grands formats de l’artiste est mise en place. (jusqu’au 21 Février 2016)
Au Musée d’Art et d’Archéologie de Senlis, l’exposition est centrée sur l’atelier que Couture avait installé dans la ville et qu’on peut visiter pour l’occasion. Quelques dizaines de toiles et de dessins y sont exposés et l’évolution du style de Couture y est retracé, du plus pur classicisme Davidien au quasi-romantisme de la fin de sa carrière. (jusqu’au 6 Mars 2016)

On regrettera l’absence de toiles importantes comme son portrait de Jules Michelet, exposé au Musée Van Gogh d’Amsterdam (?), et bien sur Les Romains de la Décadence, qui avait alors valu à l’artiste un grand succès académique. Le bicentenaire de sa naissance n’a peut-être pas été une occasion suffisante pour que le Musée d’Orsay ne fasse transfèrer l’oeuvre majeure du picard dans sa région natale.