Chasse à courre en Picardie: Barbarie et féodalisme

 

Affiche fête de la chasse 2014Le week-end du 3 au 4 septembre 2016 a lieu la « Fête de la Chasse et de la Nature » au château de Compiègne (Oise). Cet événement annuel peut réunir entre 30.000 et 50.000 personnes, le plus souvent des familles cherchant un contact avec les animaux et la nature. Nous avions déjà commencé à étudier la chasse, son hypocrisie « naturaliste » et son influence dans la région mais cette fête est l’occasion de mettre en avant une pratique particulièrement barbare, et pourtant en plein regain d’activité: la chasse à courre (aussi appelée grande vénerie).

Rappelons brièvement en quoi cette pratique consiste: un groupe de chasseurs (en uniforme et à cheval) lancent une meute de chiens sur un animal choisi au hasard dans la forêt, le traquent jusqu’à épuisement, puis l’achèvent de manière rituelle, souvent à l’arme blanche, avant de le dépecer sur place.
La date d’ouverture de cette chasse est fixée au 15 septembre, pendant la période de rut. Notons qu’à l’opposé de cela, l’ONF propose des sorties pédagogiques à cette occasion, permettant d’aller observer, sans déranger, le brame des cerfs.
Depuis 20 ans on remarque un accroissement du nombre d’ « équipages », appuyé par l’arrivée de veneurs étrangers, car cette pratique a déjà été interdite dans des pays voisins (Allemagne, Angleterre, Ecosse, Belgique…). La France devient un refuge pour eux, et la Picardie, avec ses grandes forêts domaniales, semble les attirer tout particulièrement.

On connait la pratique de la chasse à courre depuis les Assyriens, qui l’utilisaient comme entrainement à la guerre. C’est devenu bien plus tard un loisir pour les rois et les seigneurs en Europe, devenant même un sport royal sous François Ier. Louis XIV et Louis XV codifieront quant à eux l’uniforme et l’usage de la trompe. Ils y dédient des châteaux (Chambord étant le plus fameux) et font aménager certaines forêts à cet usage. Ce qui fait dire à certains chasseurs que « sans eux il n’y aurait pas de forêt ». En fait, il y aurait tout simplement une forêt plus grande et plus sauvage:


Sous Charlemagne, les forêts de Compiègne, d’Halatte, d’Ermenonville, de Retz, de Laigue, de Coucy et de Cuise n’en formaient qu’une seule, et c’est sous François Ier qu’elles commencent à être séparées et remodelées pour la vénerie: celle de Compiègne est progressivement percée de larges allées en étoile pour faciliter la visibilité et la mobilité des chasseurs, certaines parties sont murées ou grillagées pour empêcher la fuite des animaux.

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Louis XV en forêt de Compiègne (1735)

A partir de la monarchie absolue, la chasse est réservée au Roi, mais il en accorde le droit à des membres de la noblesse. Puis, à la Révolution, c’est le droit de propriété qui devient la règle: on ne peut plus chasser que sur son propre terrain. La chasse à courre, qui demande beaucoup de surface, reste donc réservée aux grands propriétaires et aux souverains. Ces propriétaires ne sont pourtant plus uniquement des nobles, car tout au long du XIXème siècle, de grandes portions de forêts d’Etat sont vendues, que les bourgeois et les notables s’empressent d’acquérir, justement pour la chasse qui sert de marqueur social pour « la haute ». En 1844, c’est le « droit de suite » qui est légalisé, permettant aux chasseurs à courre de poursuivre leur traque au delà de leur propriété (nous aurons l’occasion de revenir sur ce dernier point plus tard). Comme pour la chasse à tir, c’est l’Office National des Forêts (ONF) qui délivre les permis, ou plutôt qui les vend. Au point que sa gestion des forêts, devenue de plus en plus marchande, ne peut plus se passer de ces revenus: 40 millions d’euros par an (soit 15% du total). On a même appris récemment que l’ONF poussait les cerfs à se reproduire, justement pour pouvoir vendre des permis! Mais passons là dessus, car la situation de l’ONF mériterait un article à elle seule.

L’équipage « La Futaie des Amis » en forêt de Compiègne

Une chasse à courre est un événement très ritualisé, qui utilise un jargon et se déroule en plusieurs étapes. La version idéalisée et romantique présentée par les veneurs eux même est souvent loin de la réalité comme nous allons le voir. De fréquents témoignages de riverains démontrent la réalité crue de ces chasses, et l’association One Voice a réalisé une enquête majeure à ce sujet qu’il nous faut saluer ici.
Tout d’abord, l’équipe, en uniforme de velours, se réunit, libère les chevaux de leurs remorques et la meute de leur chenil.

Les chiens y sont parqués environ 300 jours par an, toujours ensemble pour favoriser l’instinct de meute. La méthode d’élevage est assez opaque et ne manque pas de soulever les suspicions: « nous élevons chaque année de quoi conserver 10 chiots qui constituent la relève », raconte un maitre d’équipage, ce qui pose la question de ce qui advient à tous les autres chiots, et pourquoi il leur faut une « relève » si souvent, quand on sait que le temps d’activité d’un chien de chasse à courre est de 5 à 7 ans.

Des associations ont recensé des cas d’abandons ou d’euthanasie spécialement cruels sur les chiens jugés trop âgés. Ce chasseur, interrogé pendant l’enquête de One Voice, évoque quant à lui les méthodes de sélections des chiots:

Un valet est chargé de s’occuper des chiens pendant toute la chasse pour le compte de l’équipage, c’est le « piqueux ». Autour du noyau de chasseurs à cheval, s’agglutinent des « suiveurs » (simples spectateurs) et des assistants divers, à pied, à vélo, à moto et en 4×4.
La meute et les valets cherchent alors une proie parmi les habitants de la forêt. Là encore, peu importe l’ « éthique chevaleresque » des veneurs, aussi tordue qu’elle soit (nous y reviendrons): les chiens prennent en chasse indistinctement les mâles, femelles, jeunes, animaux malades… « Chasser les femelles est interdit en vénerie, sauf si elle est blessée » indiquait un maitre d’équipage picard, grand seigneur. Les son des trompes annonce ensuite le début de la traque.

Les chasseurs ont développé tout un raffinement dans leur traque, qui passe par une codification de la fuite de l’animal, de ses réflexes de survie, avec tout un vocabulaire: « donner le change », « forlonger », « le hourvari »… Un moyen, assez pervers somme toute, pour se donner l’illusion d’un combat honorable, d’égal à égal, d’une partie d’échec entre fins stratèges peut-être même!

Quand l’animal, à bout de force et terrorisé, est enfin rattrapé par l’équipage, les trompes sonnent son exécution: « l’hallali ». Si l’animal traqué est de petite taille, on laisse les chiens le déchiqueter vivant. S’il s’agit d’un cerf ou d’un sanglier, alors on doit « le soumettre » (en le frappant aux pattes pour qu’il s’agenouille), et enfin lui enfoncer une dague dans le torse. Il arrive très fréquemment que l’exécution se fasse avec des armes à feu, même si, encore une fois, des « puristes » chevaleresques le nieront.

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Cette scène, beaucoup d’habitants des communes forestières en sont régulièrement les témoins, du fait du fameux « droit de suivi », qui permet aux veneurs de traquer les animaux absolument partout. Les récits de ce genre ne manquent pas chez nous, et certains riverains font preuve de beaucoup de courage en s’opposant à des chasseurs armés et surexcités! Car à chaque fois on retrouve le même scénario: , un vrombissement, des aboiements qui se rapprochent, puis soudain, des dizaines de 4×4, de motos et de chevaux qui arrivent en trombe, se garent au milieu des chaussées, des gens armés sautent les clôtures des jardins à la recherche de leur proie. Des scènes de ce genre se répètent quasiment toutes les semaines dans des villes comme Vieux Moulin, ou Prémontré.


En 2008 à Avilly-Saint-Léonard, un équipage a interrompu un match de football, pourchassant un cerf paniqué à travers le terrain. Il a été poignardé en plein centre-ville, devant des habitants révoltés.
Quelques jours plus tard, un cerf, qui avait pris ses habitudes dans un centre hippique de Chantilly, a été pris en chasse et a été retrouvé recroquevillé derrière une voiture, au centre ville de Lamorlaye. L’intervention des riverains a permis de le sauver in extremis.
Un an plus tard à Senlis, un autre cerf ayant dû traverser la route nationale pour s’échapper, a été renversé par un automobiliste devant un magasin Intermarché.

La chasse a courre est arrivee jusque dans les rues residentielles de Pont-Sainte-Maxence
En juillet 2016, la même scène s’est produite, cette fois en plein Pont-Sainte-Maxence, un animal blessé ayant sauté plusieurs clôtures pour se réfugier dans le jardin d’une habitante. Les veneurs et leur suite ont pris le quartier d’assaut, mais ont, cette fois encore, été repoussés par une quarantaine de voisins. Ceux-ci ont ensuite porté une pétition au maire de la ville.

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Voici d’ailleurs la réaction, d’un club de veneurs sur Facebook, qui en dit long sur leur mentalité: ils dénoncent l’arrivée des « zonards » dans leurs campagnes, avec leurs « concerts de tondeuses à gazon »!

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Mais la partie de chasse ne s’arrête pas à la mise à mort, car ensuite vient le rituel de la curée, qui selon « l’éthique » (de plus en plus perverse) des veneurs, rendrait hommage à l’animal, ce noble adversaire vaincu.
venerie1La curée dite « chaude », se fait sur place, à peine l’animal tué. On le découpe et on jette ses os et ses organes à la meute, en respectant une certaine hiérarchie parmi elle (les chiens ne coupant pas, eux non plus, aux codes aristocratiques). Il arrive qu’une patte soit tranchée et offerte à une dame qu’on voudrait, elle aussi, « honorer ». Des trophées sont prélevés (la tête, les bois) pour les capitaines d’équipage, ou des membres jugés méritants. Le reste des cadavres est abandonné sur place ou est jeté aux ordures. La curée dite « froide » se déroule plutôt de retour au bercail. Elle permet une cérémonie un peu plus poussée, et des photos souvenirs de cadavres surement mieux éclairés.

Pourquoi donc la Picardie, et surtout le sud de l’Oise, attire tellement les veneurs? Il n’existe par exemple que trois Musées de la Vénerie en France, et l’un d’eux se situe à Senlis (Oise).

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Saint Jean aux Bois (Oise)

C’est évidemment lié à la présence de nombreux châteaux, lieux de chasse historiques pour la noblesse, puis pour les rois de France: Compiègne, Chantilly, Pierrefonds, Ermenonville, Senlis, Villers-Cotterêts (bati par François Ier spécialement pour ça). Certaines de ces villes ont été profondément marquées par cette pratique, accueillant des haras, des chenils, du personnel spécialisé… Certaines familles aristocratiques s’y sont installées, et ont un impact important sur la vie locale en terme de financement et de réseau: mécénat, oeuvres de charité, investissements, amitiés utiles… D’ailleurs la ville de Compiègne a longtemps eu pour maire James Henri de Rothschild, grand chasseur à courre, tout comme sa fille Monique et son petit fils Alain Drach, aujourd’hui maitre de l’équipage « La Futaie des Amis ».

Alain Drach

« Ce n’est pas Compiègne qui a fait la Vénerie, c’est la Vénerie qui a fait Compiègne », résume l’actuel maire, Philippe Marini. On comprend alors très bien l’influence culturelle que la chasse à courre exerce sur les notables, et ce malgré un rejet massif de la population.

Un sondage de 2010 donnait 75% des personnes interrogées pour son interdiction (85% la décrivant comme cruelle, et 76% comme obsolète). Une pratique aussi impopulaire (et même volontairement anti-populaire) ne peut être soutenue que d’en haut, et le pouvoir de lobbying des veneurs est leur meilleure arme, tant dans nos communes qu’à Paris. Il suffit de voir l’adjointe municipale à l’environnement de Senlis, Arielle François, participer avec « ses amis » à des colloques de « protection des forêts » pour comprendre que nous ne pouvons attendre aucun changement de ce côté. On y découvre une vision ubuesque de la nature, faite de management et de comptabilité (elle évoque par exemple une « pénurie » de cerfs!).
Autre donnée importante, dont les veneurs parlent souvent en interview « On ne compte pas les boutons venus à la vénerie par le cheval » (NDLR: un bouton étant un membre d’équipage). La culture de l’équitation, très forte dans le sud de l’Oise a bien sûr nourri la chasse à courre, et vice versa: Haras Nationaux à Compiègne, Musée du Cheval et « Palio » à Chantilly, hippodromes dans ces deux villes… Et en effet, on retrouve beaucoup de propriétaires de chevaux de courses et d’entraineurs parmi les veneurs.

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« Rendez-vous de chasse de Napoléon III à Pierrefonds » (1863)

Une autre caractéristique majeure de la chasse à courre est son côté aristocratique. Alors qu’en Angleterre, la vénerie était plutôt reconnue comme un sport, elle est restée ici une pratique « traditionnelle » propre aux élites et à leurs obligés. Mais alors, comment cette pratique typique de l’Ancien Régime a t’elle pu se maintenir, et être même adoptée par la nouvelle classe dirigeante, de 1789 à aujourd’hui?

prince-muratC’est beaucoup dû à l’histoire du XIXè siècle, avec ses restaurations/révolutions qui ont fait longtemps cohabiter la bourgeoisie et la noblesse au pouvoir, leur faisant partager un bon nombre de pratiques culturelles et de valeurs. La chasse à courre, en tant que pratique purement aristocratique, fait partie de ces éléments: matériellement liée aux grandes propriétés terriennes et aux châteaux, les équipages se partageant le territoire en fiefs, avec son code de l’éthique chevaleresque, sa hiérarchie et sa symbolique qui va jusqu’aux uniformes et à la musique. C’est tout ça qui est véhiculé par la Fête de la Chasse compiègnoise chaque année, et le choix du lieu (le Palais Impérial) n’est certainement pas dû au hasard. Si on recense les capitaines d’équipages dont on connait l’identité en Picardie, beaucoup possèdent des châteaux (celui de Cuts pour Guy Alaric de Murga du Bois, celui du Plessis-Brion pour Florence de Lageneste…).
P1100154Cette pratique a donc été adoptée par la haute bourgeoisie comme marqueur social élitiste (la participation coûte plusieurs milliers d’euros par an, sans compter l’entretien de son cheval, des chiens, l’équipement…) et comme moyen d’enrichir son réseau, avec justement une ouverture aux notables (on retrouve dans les équipages beaucoup de médecins spécialistes, de notaires, de consultants en patrimoine, d’acteurs culturels, d’élus…). La chasse à courre est le symbole de cette fusion entre la haute bourgeoisie et ce qui reste de la noblesse, et dont elle essaye de singer la mystique, de copier l’ « attachement ancestral » à la terre et à la campagne.

Les veneurs ont leur association nationale: La Société de Vénerie, qui a récemment élu un nouveau Président en la personne de Pierre de Rouälle, descendant du marquis du même nom, capitaliste multimillionnaire, spécialiste en communication, et ancien patron de Mistergooddeal.com. Ce dernier a succédé à Philippe Dulac, président de BNP Associations Epargnes, et spécialiste des finances.

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Philippe Dulac, Isabelle Mouret, Pierre de Rouälle et Pierre de Boisguilbert

Certains, dans cette association, ont bien senti que, face à la grande vague écologiste populaire de ces dernières décennies, il leur fallait développer une stratégie pour pouvoir se maintenir. Car ils le savent bien, malgré la grande influence de la chasse en France, impossible de mener leur combat de front: « Pas question de demander une reconnaissance officielle pour que la vénerie entre au patrimoine national, on ferait fausse route, et de toute façon si on l’obtenait ça déclencherait un tel vent d’hostilité que je pense qu’il vaut mieux qu’on s’abstienne. » reconnait volontiers Pierre de Roualle en interview.

SdV rances1La Société de Vénerie a donc créé tout récemment une commission Animal & Ecologie, rendant des rapports annuels et produisant un travail idéologique et technique assez riche. Leur objectif est bien entendu de « verdir » la chasse à courre, de la présenter comme naturelle, saine, ou nécessaire, quitte à tordre la nature elle même.
Au delà de l’habituelle hypocrisie cynégétique, de gestion des espèces par la chasse, bien commode pour justifier leur loisir meurtrier (et que nous avions commencé à démonter ici), on trouve dans cette littérature une vision plus profonde, plus inquiétante aussi, mais que les opposants à la vénerie doivent connaitre, au moins dans les grandes lignes.
Tout d’abord l’anthropocentrisme y est évident: l’homme doit gérer la nature comme son jardin, décidant qui doit vivre et mourir selon ses besoins à lui. La chasse toute entière est servie par cette idée, mais les veneurs vont encore plus loin. Xavier Legendre, de la fameuse Commission, présente cela ainsi: « Plutôt que de laisser l’opinion se focaliser sur leur mort, tachons seulement de montrer qu’ils ont une belle qualité de vie. Pour leur garantir la seule qui leur convienne, celle d’animal libre, ils doivent en payer un prix qui n’est autre que l’impôt du sang. ». L’homme, seigneur du monde, s’arrogerait donc le droit de vie ou de mort sur ses sujets. Il doit tenir un rôle de « super-prédateur », qui maintiendrait l’ordre de la « chaine de la prédation » (même là ou celle ci n’existe pas). « Comme tout être vivant, ils s’intègrent bien dans la grande chaîne de la prédation et, vivant en interaction avec toutes les autres espèces, obéit en permanence à une loi immuable: manger ou être mangé. »

Problème: l’homme ayant exterminé lui même les prédateurs des forêts, les loups, il doit perpétuer la chaine et les remplacer par ses chiens. Plus sérieusement, en fait d’ordre naturel, les veneurs ont fait des forêts un terrain de jeu entièrement artificiel: en perçant de larges allées pour mieux guetter et suivre leurs proies en 4×4, en modifiant la végétation et en distribuant de la nourriture pour augmenter leur nombre, en exterminant leurs autres prédateurs, ces concurrents gênants… Les veneurs ont même le cran de venir manifester avec des écologistes quand leur terrain de jeu est menacé par les coupes de bois de l’ONF.

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Selon eux, dans les forêts où les cerfs, les sangliers, les chevreuils et les renards ne seraient pas chassés selon leurs méthodes, ils s’empâteraient, deviendraient fainéants (« en Picardie j’ai vu des renards adultes se faire attraper par les chiens sans vouloir se sauver. (…) On se rend compte que là où il n’y a plus de chasse à courre, les animaux deviennent peu résistants et pas rusés. »). La présence des veneurs assainirait la nature, fournirait un « bon stress » aux animaux qui vivent bien trop confortablement. Pour appuyer cela, on y trouve aussi l’argument de la sélection naturelle « aidée »: les meutes, en s’attaquant aux animaux malades ou aux plus faibles, fortifieraient leurs gènes pour les générations futures. Même si l’humanité connait bien les implications d’une telle philosophie, dangereuse déformation de Darwin, cette idée est toujours très répandue, surtout parmi les chasseurs: c’est l’eugénisme (si cher à Alexis Carrel, que les compiègnois connaissent bien).

DSC_0403Notons que le code chevaleresque des veneurs en prend encore un coup: quid du chasseur sportif, cherchant un adversaire à sa mesure, avec à la clé le Graal: les bois d’un grand cerf majestueux à accrocher à sa cheminée? Ils ne s’attaqueraient en fait qu’aux vieillards, aux jeunes et aux souffreteux? Comme nous l’avons vu, ils ne sont décidément pas à une contradiction près.

Au fil de leur littérature, on est pas surpris non plus de tomber sur une citation de Nietzsche, lui qui prônait la contemplation de la souffrance et de l’absurde, et se réjouissait de ce spectacle, car c’est tout à fait l’idéologie de la vénerie. Voici par exemple comment Alain Drach, le maitre d’équipage compiègnois, décrit l’agonie d’un cerf: « Lorsque les chiens sont victorieux, les abois du cerf offrent, outre une musique d’exception, des images inoubliables de beauté ».


SdV rances2Mais ce qui transpire le plus dans les écrits de la Société des Veneurs, c’est bien le néo-darwinisme, c’est à dire la célébration de la loi du plus fort comme loi naturelle absolue: « la nature est cruelle, il n’y a de la place que pour les forts, et c’est peut être pour cela qu’elle se porte bien. » (Olivier de Rouillerie, Commission Animal & Ecologie). Passons rapidement sur l’évidente absurdité de la conclusion: la nature se porte très mal, justement à cause du comportement actuel de l’homme. Selon cette vision, la chaine alimentaire est l’alpha et l’oméga de la vie, chaque espèce est en compétition pour les ressources, la coopération n’est qu’accidentelle ou forcée, et enfin les gènes héréditaires sont le fondement de l’évolution.

Cette déformation du darwinisme (invention du moine Gregor Mendel) a surtout servi dans l’histoire comme prétexte pour faire accepter les pires comportements humains, comme « dans la nature des choses ». Peu surprenant alors de trouver, parmi les amateurs de chasse à courre, bon nombre de personnes dont la compétition et la prédation économique sont le métier.
Parallèlement, on entend des veneurs se poser en représentants des campagnes profondes, dans ce qu’elles auraient d’authentique (comme plus haut, ces gens dénonçant les « zonards » urbains et leur mode de vie). Poser le problème de la péri-urbanisation, très importante chez nous, est juste, mais au lieu de proposer des solutions, ces veneurs tentent de l’instrumentaliser en opposant urbains et ruraux, insultant les uns et idéalisant les autres. Pourtant, il est très facile de trouver des agriculteurs excédés par la chasse à courre, l’agrainage abusif des animaux, la destruction de terre par les chevaux et les 4×4 des participants… Et ne parlons pas des très nombreux veneurs « urbains » membres d’un équipage chez nous (comme Hervé Tétard, parisien et maitre du Rallye des Trois Forêts, ou Florence de Lageneste, amiénoise et maitresse de l’équipage de Rivecourt). Mais l’appellation « zonards » n’atteint visiblement pas ces hautes cimes.
Les veneurs n’hésitent pas à mentir pour défendre leur activité, au point qu’on peut se demander s’ils ne se mentent pas à eux même, car la schizophrénie n’est pas loin dans certains cas. Pour eux les opposants ne sont de toute façon que des naïfs influencés par l’étranger (Bambi et Disney reviennent beaucoup dans leurs moqueries). Le discours « naturaliste » qu’ils ont développé à contre-coeur contient beaucoup trop de contradictions pour tenir la route face à quelqu’un de bien renseigné, et c’est aussi pour cela qu’ils évitent le plus possible le débat, préférant rester dans l’ombre et compter sur leurs alliés, notables et élus. Ceux-ci leur on d’ailleurs fait un beau cadeau en 2010 en inscrivant dans la loi le délit d’ « entrave à la chasse », punissant théoriquement ceux qui voudraient sauver un animal de la mort! Théoriquement car, bien entendu, tout dépend toujours du rapport de force sur place.

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L’idéologie véhiculée par la chasse à courre, celle de la féodalité, celle de la loi du plus fort, va à l’encontre de l’idée même de civilisation, et n’a clairement plus sa place dans la France du XXIème siècle. Les veneurs et leurs avocats tentent de se verdir, de se parer de ce « naturalisme ancestral », n’hésitent pas à mentir sur tous les points, ils usent de tout leur poids politique et économique pour se maintenir, mais nous ne sommes plus dupes.
Il nous faut maintenant faire front contre cette pratique intolérable: tous les amis des animaux, tous les habitants victimes de ces invasions, tous les progressistes en général doivent s’unir pour faire cesser la chasse à courre en Picardie!

«  Le mouvement du bien-être animal est une menace indiscutable, (…) la guerre est déclarée, nous allons nous battre de façon extrêmement violente ». Pierre de Rouälle, Président de la Société de Vénerie

Des manifestations et des sabotages ont déjà eu lieu et doivent se généraliser!
C’est à nous de montrer la voie pour faire reculer la barbarie, portée par ces « élites »!

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