Sondage du Courrier Picard: « Faut-il interdire la chasse le dimanche? »

 

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Un sondage a été publié ce mardi sur le site du Courrier Picard: Faut-il interdire la chasse le dimanche?

Les défenseurs de la nature et les progressistes en général connaissent bien entendu la réponse et une option leur a été réservée: « Il faut interdire la chasse, tout simplement« . Celle-ci recueille (à l’heure où nous écrivons ces lignes) 37% des suffrages (50% si on l’additionne au score de « Oui, interdisons le dimanche »). Notons que la mobilisation est forte: 58.000 votes en trois jours (contre 4.500 au total pour le sondage concernant le nom de la nouvelle région).
sondage Arrêtons nous sur ce point précis: la question de l’interdiction de la chasse le dimanche est uniquement centrée sur les promeneurs et les familles voulant se réapproprier les forêts pour leurs balades, mais pas du tout sur la défense des animaux, pour lesquels une telle mesure ne change rien. Un sondage national sur la même question avait été réalisé quelques jours auparavant par l’IFOP, et l’interdiction du dimanche avait réuni 79% des interrogés, en fort décalage avec les résultats du sondage qui nous intéresse. N’oublions pas qu’en Picardie, la culture des chasseurs est hégémonique et le Courrier Picard s’en fait systématiquement le relai: leur positionnement est très clair quand on parcourt les titres de leurs articles.
Revenons maintenant au sondage. Même s’il est techniquement possible de voter plusieurs fois par personne (ce qui limite évidemment la représentativité du résultat), c’est tout de même le signe que, chez nous, une bataille idéologique a lieu sur ce terrain, et qu’une large partie des habitants est opposée à cette pratique. Mais ce n’est qu’un sondage et pour faire avancer les choses de manière efficace il faut d’abord bien comprendre le phénomène. Une étude menée par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage nous fournit par exemple cet élément:

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Sur les 1004 chasseurs interrogés sur les raisons de leur activité, la plus fréquente est le « contact avec la nature », puis vient le « travail du chien », et la « pratique d’un loisir entre amis ».
Pour faire reculer efficacement la chasse en Picardie il faut donc répondre à ces besoins en diffusant des alternatives, tout particulièrement en ce qui concerne les tentatives de contact avec la nature. Picardiepopulaire.net entend bien participer à ce processus d’avancée culturelle.

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La Picardie possède relativement peu de forêts par rapport aux autres régions de France, mais par contre 68% de la surface picarde est agricole (la moyenne en France n’est que de 54%). Il faut bien voir le rapport avec la chasse: selon l’étude de l’ONCF, 26% des agriculteurs sont aussi chasseurs (contre par exemple 6% des ouvriers).

Maman canard et ses petits photographiés cet été sur le lac Majeur en ITALIE près des iles Boromée. :19:marcassins
La chasse se pratique souvent dans les champs, où il est plus facile de viser les lièvres ou les canards. L’un des arguments les plus souvent avancés pour justifier la chasse est lui aussi en rapport avec l’agriculture: les sangliers et renards causeraient des dommages aux récoltes et aux élevages, et il faudrait les « réguler ».
Bien entendu cela n’est qu’un prétexte, car ces « gibiers » sont nourris et entretenus artificiellement par l’agrainage, les dégats occasionnés sont quant à eux marginaux et parfaitement évitables par bien d’autres moyens.

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Un autre aspect culturel de l’attirance pour la chasse en Picardie est l’esprit d’indépendance et d’autosuffisance des populations rurales. Ne dépendre de personne pour se nourrir et se loger, subvenir à ses propres besoins… La défiance envers l’industrie alimentaire est par exemple quelque chose qui revient souvent quand on échange avec des défenseurs de la chasse: la « traçabilité » maximum de la viande chassée en opposition à l’élevage intensif, l’hypocrisie des abattoirs où on tue pour les autres… La chasse est donc aussi une réponse aux ravages de l’industrialisation massive, mais une réponse qui correspond à un retour en arrière féodal plutôt qu’à un progrès. Au lieu de se tourner par exemple vers une alimentation plus végétale, dépendant moins de l’exploitation animale, le chasseur met en avant un meurtre à petite échelle, « à l’ancienne », entouré d’un discours de gestion comptable de la nature, comme simple ressource pour les humains.

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Mais la chasse proprement alimentaire est ultra-marginale et le but principal de cette activité est le loisir, la recherche du lien avec la nature comme nous le précisions plus haut. Il existe des myriades d’alternatives dans notre région, et c’est le rôle des progressistes que de les mettre en avant, de les opposer chaque fois que c’est possible à la chasse dans les écoles (où les interventions de chasseurs se multiplient sous couvert d’éducation à l’environnement), dans les familles, entre amis, afin que petit à petit elles la supplantent définitivement.

En voici quelques exemple:


-La photographie des animaux sauvages permet la découverte de nombreuses espèces présentes en Picardie (chouettes, cygnes, écureuils, chevreuils, buses…), et diffère en ceci de la chasse qu’elle est inoffensive. Seuls un appareil photo, de la patience et un minimum de technique d’approche sont nécessaires à cette pratique! A voir: le site de Jean Loup Ridou, photographe picard qui a déjà publié deux livres dédiés aux oiseaux de l’Aisne.ecureuil-roux-01chouette hulotte


Au mois d’avril 2016 se tiendra en Baie de Somme le Festival de l’Oiseau et de la Nature: promenades guidées, expositions animalières, spectacles… Près de 300 excursions sont proposées dont certaines à la découverte des papillons (Mers les Bains), des oiseaux (Abbeville et Thiérarche en Aisne) et bien sûr des phoques de Saint Valery sur Somme. Un concours de photo est même organisé.
Saison : Automne - Lieu : Le Hourdel, Baie de Somme, Somme, Picardie, Francephoques


Tous les ans vers les mois de septembre-octobre, la saison des amours commence chez les cerfs. L’ONF organise des sorties nocturnes guidées en forêt d’Halatte et de Compiègne pour écouter le brâme du cerf.


L’association Picardie Nature propose des stages variés de naturalisme (tous niveaux) gratuits et répartis dans toute la région. Présentation théorique, puis mise en condition dans la nature, les stages d’initiation permettent d’apprendre à identifier des animaux, et intégrer les réflexes de l’observation naturaliste!
naturalistes0picardie nature


Enfin voici une page qui recense de nombreux parcours de randonnées originales, à vélo ou à pied. Parfait pour une promenade ou un pique-nique quand les températures remonteront.
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La liste de ces activités est bien entendue non-exhaustive: les pistes cyclables de forêt, les étangs à pique-nique, les coins à champignons et à muguet ne manquent pas!

Les choses sont donc claires: rien ne peut  justifier la chasse dans la Picardie de 2016 et nous libérer de son influence culturelle est une nécessité.