Lagny-le-Sec: Défendons notre patrimoine historique!

 

La mairie de Lagny-le-Sec (près d’Ermenonville dans l’Oise) a décidé la destruction de son château du XIXème siècle, invoquant des raisons budgétaires: la réhabilitation du monument coûterait un million d’euros de plus que sa destruction. Nous reviendrons lors d’un prochain article sur l’opacité complète et la méthode anti-démocratique employée à cette occasion.

Il y a vingt ans, le batiment abritait un centre de repos pour personnes en grande difficulté sociale, et sa fermeture avait amené de nombreuses personnalités (politiques comme culturelles) à s’engager pour sa défense. Il semble que la disparition pure et simple du monument ne déclenche pas les mêmes passions aujourd’hui. Presque immédiatement, un étudiant a lancé une pétition pour attirer l’attention et mobiliser sur le sujet.  Celle-ci a recueilli plus de 4500 signatures en quelques semaine, soit bien plus que le nombre d’habitants de la commune, ce qui démontre l’attachement des gens de la région à leur patrimoine architectural. C’est pourtant là une grande question généralement ignorée des progressistes! Picardiepopulaire.net choisit donc, sans mauvais jeux de mots, d’apporter sa pierre à l’édifice.

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L’exemple de Lagny n’est malheureusement pas unique dans la région, la Picardie possède un grand nombre de monuments abandonnés, tombant en ruines, ou tout simplement tenus loin des yeux du public par leurs propriétaires. On a en tête le Château Latour à Liancourt, récemment endommagé par un incendie, la sucrerie de Francières,  le château de Menenchet (à ChiryOurscamp), le sanatorium d’Aincourt, les anciennes piscines de Compiègne ou de Boran, ou encore le bunker secret d’Hitler à Margival!

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Le Bunker W2 à Margival-Laffaux (Aisne), utilisé par Adolf Hitler en juin 1944

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Le sanatorium abandonné d’Aincourt (Oise)

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L’ancienne sucrerie de Francières (Oise)

La liste est longue et un recensement global serait nécessaire pour prendre conscience de l’ampleur du problème et y apporter une solution démocratique et centralisée. Car il est clair que chaque commune ne peut pas prendre en main son patrimoine local de manière atomisée: les coûts seraient trop importants et les décisions trop aléatoires, dépendant du bon vouloir des maires successifs, des notables locaux ou des propriétaires privés. C‘est le cas aujourd’hui et on peut en apprécier le résultat: dans tout le pays on voit apparaitre ces ruines, et avec elles une nouvelle pratique d’exploration clandestine: l’Urbex (de l’anglais « Urban Exploration »).
De nombreux blogs Urbex présentent la visite de monuments abandonnés, sous forme d’aventures, de safaris post-apocalyptique, illustrés de photographies et parfois d’un récit imaginaire (maisons hantées, histoires de meurtres…). L’Urbex respecte pourtant une règle: empêcher l’identification des lieux en changeant les noms et brouillant les pistes. Le Château Latour dans l’Oise devient par exemple le Château de Fruminet

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Ces amateurs d’exploration clandestine disent vouloir protéger ces monuments des rôdeurs « malveillants », opposant à cela une éthique assez floue. Pourtant, nombreux sont les récits Urbex faisant état de drogues dures, d’agressions ou de viols. L’éthique individualiste de ces « aventuriers », visitant le patrimoine culturel picard comme on jouerait à Fallout 4, n’est évidemment en rien une solution démocratique, et l’interdiction de recensement qu’elle prône dévoile plutôt un côté parasitaire. Il est donc important pour nous de développer une vision progressiste à ce sujet, afin de prendre en main collectivement notre patrimoine historique et d’en faire meilleur usage.
Pour cela, il faut bien s’entendre sur la définition de ce qu’est le patrimoine historique.
Chaque monument est érigé pour un usage donné, correspondant à un contexte historique donné: que ce soit la vénération de divinités (dans le cas d’un temple ou d’une cathédrale), un usage productif (pour les usines, les moulins…), un usage militaire (propre à la guerre médiévale pour les remparts, les forts…), ou bien encore l’habitation et l’ostentation pour la bourgeoisie et les classes dominantes successives (le château de Lagny en est un exemple).

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Fort de Rambures (en baie de Somme)

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Cathédrale d’Amiens

Dès lors que ces contextes et ces usages disparaissent, que l’histoire humaine entre dans une nouvelle phase les rendant obsolètes, ces monuments passent dans le champ historique, servant à tous de témoignages du passé, du chemin emprunté par l’humanité.
Nous avons en France un exemple fameux: Le Louvre, inhabité depuis le déménagement de Louis XIV en 1682, a dû attendre 1793 et l’abolition de la monarchie pour être enfin transformé en Musée national. Il était entre temps géré comme une résidence secondaire, hébergeant des centaines d’œuvres d’art, soustraites à la vue du public et prenant la poussière.
De la même manière, le patrimoine historique de l’époque actuelle, celle du capitalisme, comme ces châteaux et maisons bourgeoises somptueuses qui sont aujourd’hui gérées comme de simples propriétés immobilières, ne prendra tout son sens historique que lorsque l’humanité aura passé une étape supérieure, lorsque cette classe dominante fera partie, elle-même, du passé.
En attendant, l’apparition de ruines dans tout le pays, montre bien la nécessité de s’organiser pour débloquer la situation. La crise générale que nous connaissons ne laisse aucune place à la culture et au patrimoine historique, si ce n’est pour le profit du tourisme, ou plus rarement pour célèbrer la domination paternaliste de la classe dominante (comme au familistère de Guise chez nous).

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Statue d’André Godin au Familistère de Guise (Aisne)

Si la pétition est une initiative à saluer et à soutenir, ses limites se trouvent peut-être ici: proposer de confier le château de Lagny à une entreprise est une impasse. Ne l’oublions pas : dans les années 1990 déjà, des promoteurs avaient l’intention d’y installer une discothèque et c’est bien pour empêcher cela que la mairie, sous la pression des habitants, avait dû racheter le château!

Il est essentiel d’insérer cette question du patrimoine dans une stratégie globale de reprise en main populaire de la culture et de l’Histoire.
Pour cela il nous faut tout d’abord recenser avec précision ce patrimoine chez nous, nous lever contre chaque tentative de destruction, et unifier les combats locaux comme celui de Lagny-le-sec pour pouvoir constituer un front efficace de défense du patrimoine.