Oise: Coupes budgétaires et autonomie associative

 

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Le 28 janvier 2016, le Conseil Départemental de l’Oise a adopté son budget primitif pour l’année. Le nouveau Président du Conseil, Edouard Courtial (Les Républicains) avait annoncé vouloir effectuer des réductions de dépenses de l’ordre de 80 millions d’euros dès son élection et en voici la première mise en oeuvre, la culture en faisant particulièrement les frais:

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-Arrêt total de la programmation culturelle au parc Jean-Jacques Rousseau d’Ermenonville
Le Parc qui organisait souvent des évenements originaux (dont la venue par exemple de Rodolphe Burger l’année passée qui avait donné un concert mémorable avec rencontre et collation nocturne en plein air), des résidences artistiques, des ateliers philosophiques ou naturalistes… C’est maintenant du passé, et certains craignent déjà une privatisation comme cela avait déjà été évoqué au Conseil Départemental il y a des années.

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-Arrêt des projets Oise en Scène et Saisons du Cinéma
Ces deux évenements proposaient chaque année des dizaines de spectacles théatraux, d’expositions et de projections de films d’art et essai à bas prix et des rencontres avec des artistes dans tout le département (depuis 9 ans pour Saisons du Cinéma).

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-Nombre d’expositions divisé par deux au MUDO
Le Musée de l’Oise à Beauvais avait connu une fréquentation record cette année grace aux expositions temporaires (71.000 visiteurs). On peut désormais faire une croix sur cette tendance, et cette nouvelle nous donne rétrospectivement un indice sur la raison du peu d’oeuvres présentées lors de l’exposition du portraitiste picard Thomas Couture (nous en parlions ici).
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-Arrêt du programme « Oise Verte et Bleue »
L’évenement annuel proposait des manifestations sur deux jours: promenades à thèmes (à cheval, à vélo, en calèche, accompagnées d’artistes…), activités sportives (spéléologie, balades sur les canaux, escalade…), spectacles en plein air, sorties guidées en milieu sauvage, sorties initiations aux plantes comestibles… Ce programme, qui reliait culture et nature avait connu un record d’affluence lui aussi en 2015, avec 38.000 visiteurs. Notons aussi qu’aucun investissement départemental n’est prévu pour le développement des canaux et de la plaisance fluviale, malgré une forte culture locale issue de la batellerie (voire notre article ici).

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La Courrier Picard nous apprend par ailleurs que certaines associations culturelles voient leurs aides départementales tout bonnement supprimées: toutes les radios associatives de l’Oise sont dans ce cas (Radio Mercure à Beauvais, Radio Graf’Hit à Compiègne et Radio Puisaleine à Carlepont).

Ces radios se sont organisées récemment en fédération (la FRAPIC), mais la diversité de la structure économique de ces associations fait que cette initiative est restée jusqu’ici purement formelle et ne permet pas de les défendre efficacement: Radio Mercure a des revenus publicitaires, Puisaleine tourne en grande partie sur des fonds privés, et Graf’hit dépend uniquement de subventions.

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Ces suppressions drastiques posent directement la question de l’autonomie des associations culturelles. Certaines ont fait le choix de dépendre entièrement de subventions, et leur survie se retrouve donc liée au bon vouloir des politiques. C’est par exemple le cas de Radio Graf’hit. L’association a choisi de se développer en signant de plus en plus de conventions et des contrats avec les mairie environnantes, le département et la région, se développant « hors-sol », sans l’implication de sa base d’adhérents, et se retrouve donc dans un processus d’institutionnalisation et de dépendance croissante. La vie culturelle et le partage des bénévoles, qui était au début le coeur même du projet, sont progressivement mises de côté dans le processus. C’est tellement vrai que dans son interview au Courrier Picard, le coordinateur des programmes ne prononce pas un mot à ce sujet, ne parlant que du risque pour l’emploi et de « l’économie mise à mal ». Beaucoup d’associations ont suivi cette voie et les baisses régulières de subventions ont maintenant mis à jour cette faiblesse dans notre tissu culturel.

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Rappel: l’avertissement de décembre 2015.

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Défilé des fascistes du « Picard Crew »

Car ne l’oublions pas: la région est passée très près de tomber aux mains du Front National, et si rien ne change, ce risque va encore s’accentuer aux prochaines élections. Que feront alors ces associations quand les fascistes leur couperont les financements? Que deviendra alors la production et la diffusion culturelle de notre région?

L’heure est à la réorganisation du monde associatif, notamment vers une plus grande autonomie. Des initiatives indépendantes des institutions sont nécessaires pour assurer la pérennité du réseau culturel, car cela est clair aujourd’hui: l’Etat n’est pas en mesure d’assurer le service public, quel que soit le gouvernement en place: partout on observe des reculs et des diminutions de budget, la culture n’est pas « rentable » et le mode de production capitaliste en crise n’a que faire de l’art s’il ne représente pas un placement financier.

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A l’heure où les associations institutionnelles sont en grand danger de disparition, des bastions imprenables doivent se créer partout dans la région, comme ailleurs en France. Des initiatives indépendantes, financées principalement par la cotisation et la souscription populaire, basant leur action sur l’implication démocratique des bénévoles, comptant sur leur passion.
PicardiePopulaire.net apportera sa pierre à l’édifice en compilant toutes ces initiatives, en les soutenant par tous les moyens, et en publiant des dossiers sur la vie associative picarde, notamment sur l’histoire (riche en enseignements à ce sujet) de Radio Campus Amiens.

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