Une milice de chasseurs dans l’Oise ?

 

THUMB
Nous avons déjà largement abordé le sujet de la chasse et de son poids politique croissant dans notre région. Si ce sujet revient si souvent dans nos pages, c’est que c’est une question essentielle à analyser. Et voici une nouvelle d’une grande importance, unique en France :

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Le préfet de l’Oise, Didier Martin, vient de signer une convention inédite avec la Fédération Départementale des Chasseurs (présidée par l’ancien élu Front National Guy Harlé d’Ophove). Il s’agit d’un dispositif appelé « Chasseurs Vigilants« , donnant un pouvoir d’assistants de police à une brigade de 200 chasseurs. La gendarmerie prendra leurs appels en priorité et leur laissera la charge de surveiller les zones forestières et rurales profondes, où les forces de l’ordre ne se rendent plus par manque d’effectifs.

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Le Colonel Bréman, Didier Martin, et Guy Harlé d’Ophove

Concrètement, et même s’ils récusent le terme, c’est donc une milice armée de chasseurs qui prendra en charge l’ordre et la loi dans les campagnes !
Guy Harlé d’Ophove préfère décrire cette nouvelle force comme « les RG des campagnes », car celle-ci n’a pas vocation à intervenir directement. Pourtant, à l’issue même de la réunion avec la préfecture, il n’hésite pas à menacer les possibles opposants :
«Être reconnu comme des interlocuteurs valables évitera toute volonté d’intervention. On est souvent pris à partie, mais on a toujours gardé notre sang-froid. Et si ces gens ne sont pas contents, qu’ils restent dans les villes.»

Le site chassepassion.net se réjouit de cette mesure radicale: « Une sacrée initiative que nous saluons et que nous encourageons ! Nul doute que la convention « chasseurs vigilants » ne doit pas plaire à tout le monde, en effet cette dernière réaffirme et conforte plus que jamais la présence des chasseurs dans les territoires ruraux. »

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Ce nouveau rôle va surement renforcer leur impunité dans de nombreux domaines.
Et il faudrait être naïf pour croire que les chasseurs sont exempts des délits qu’on les charge aujourd’hui de dénoncer : braconnage, intrusion sur des propriétés privées, blessures par balles (déjà deux morts en Picardie depuis octobre), infractions routières, pollution sonore, abandon de déchets (cartouches, canettes, emballages alimentaires…).

Cette mesure, unique en France, est une maille de plus dans un filet qui enserre la région. On savait que les chasseurs avaient la main-mise sur l’ONCFS et sa « Police de l’Environnement » par exemple. On savait l’ONF entièrement à leur service, mettant des miradors à leur disposition « pour les aider à ne pas tirer sur les voitures ». On savait la Commission Environnement de la région Hauts de France acquise à leur cause, avec Harlé d’Ophove maintenant à sa tête. On connaissait la peur des élus de s’engager contre la chasse en période électorale, ne serait ce que pour débloquer une salle municipale pour un débat. On savait que de nombreuses associations agréées « protection de l’environnement » comme Oise Chasse Nature (maintenant appelée Oise Nature, d’ailleurs présente lors de la signature de cette convention) sont chapeautées par des chasseurs.

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La « Police de l’Environnement » déjà déployée par l’ONCFS

Mais cette fois il s’agit du droit commun qui leur est confié, c’est donc un nouveau pas important dans le renforcement de leur hégémonie totale. Les associations et collectifs de citoyens opposés à cela sont volontairement marginalisés, et Guy Harlé d’Ophove avait bien prévenu quand il a été nommé par Xavier Bertrand: « Ma première action a été de demander sur quel critère les 12 M€ étaient versés aux organisations écologiques. Je puis vous assurer que tout cela va changer, et que plus jamais nous ne subventionnerons des associations qui veulent la disparition de la chasse et des chasseurs. »

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Le Centre de Sauvegarde de la Faune Sauvage de Picquigny (80) a fermé l’année dernière faute de subventions

Pour les chasseurs et leurs dirigeants, l’écologie en général est présentée comme une invention de bobos des villes, auquel leurs dirigeants opposent leur « ancrage dans la ruralité », se posant ainsi comme les seuls légitimes pour prendre les choses en main sans opposition.

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Chasseurs en campagne pour Xavier Bertrand lors des dernières élections régionales

Pour ceux qui ne voient pas les choses de cet oeil, pourtant de plus en plus nombreux dans les campagnes picardes, il va falloir donc se passer de l’aide des institutions, prendre les choses en main localement, et surtout développer un projet concret autour d’un rapport nouveau à la nature.
Les partis « progressistes » actuels sont soit coincés par leur réformisme et leur électoralisme pur (Bertrand Jeandel d’EELV-Oise se dit « plutôt bienveillant quant au procédé » des Chasseurs Vigilants), soit arrierés idéologiquement sur la question de la nature (le PCF est connu pour défendre bec et ongles les chasseurs en Baie de Somme, le NPA et Lutte Ouvrière n’ont aucune proposition sur le sujet, ces derniers ayant même produit un article dénonçant le véganisme… ).

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Encore une fois notre région se trouve aux avant-postes de cette fracture entre l’ancien monde et le nouveau. Alors qu’aujourd’hui la compréhension de la nature s’affine et se diffuse, notamment sur la sensibilité des autres animaux et de l’importance de vivre en harmonie avec eux, des forces rétrogrades font barrage à toute avancée concrète et deviennent de plus en plus agressives.

Face à cela il faut répondre par l’unité, la solidarité et l’esprit d’initiative !

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