VIDEO: La réalité de la chasse à courre

 

Voici un document inédit, tourné par un promeneur en forêt de Compiègne. Il complète notre grand dossier sur ce sujet. Il s’agit de la totalité d’une chasse à courre en vidéo, des mondanités initiales jusqu’à la mise à mort d’un jeune cerf (un daguet). Bien loin de l’image bucolique qu’en livrent ses derniers défenseurs, ce film permet de lever le voile sur la réalité de cette pratique, ce qu’elle a de féodal, de cruel et de totalement gratuit. Nous tenons à saluer la personne qui a tourné ces images édifiantes. Si vous détenez des films, des photographies ou des anecdotes similaires, vous pouvez nous les faire parvenir ici.

Le collectif AVA (Abolissons la Vénerie Aujourd’hui) organise un grand rassemblement populaire contre la chasse à courre le Samedi 28 Octobre 2017 à Saint-Jean-aux-Bois (60). Vous pouvez les contacter via leur site ou sur Facebook pour plus d’informations sur leur action.


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Parti de Compiègne à 9h40 pour une promenade en forêt, je pédale en direction de La-Croix-Saint-Ouen, et c’est au le Carrefour Vivier Corax que je tombe sur cet attroupement (là où se trouve la maison forestière de l’ONF). J’assiste donc au « rapport » (leur rendez-vous initial), et je décide de rester un peu pour observer, par curiosité. Me voila donc parti pour ce qui allait être 7 heures de vélo non-stop, conclues par une scène d’une violence qu’on oublie pas.

Au “rapport” donc, environ 80 personnes, beaucoup de photographes de chasse, beaucoup d’employés en camion aussi (pour gérer les chevaux, transporter la meute…), quelques familles étaient là mais celles ci sont parties dès que des chiens ont été fouettés, car des enfants se sont mis à pleurer.

chiens de chasse à courre

Les chiens entassés pendant le « rapport »

L’équipage en question s’appelle “La Futaie des Amis”, et leur Maître est Alain Drach (fils de Monique de Rothschild). Leurs membres sont habillés en redingote de velours bleue, style XIXème siècle, et sont accompagnés de cavaliers en noir (des suiveurs privilégiés, autorisés à monter à cheval) ainsi que d’un club équestre venu suivre la chasse.
Les chiens étaient répartis en 3 ou 4 camionnettes, par « lots » de 10. On les entendait pleurer tout le long du rapport, ils devaient y être depuis un moment, et quand la chasse est partie vers 11h15 ils y étaient encore. Un vieux chien était isolé dans une cage à part, il avait surement un rôle spécial.
Le départ se fait groupé mais ca se disperse vite, certains se postant à tel ou tel croisement de chemin, communiquant apparemment entre eux avec leurs trompes. Les suiveurs se répartissent aussi aux carrefours pour donner des indications et papoter.

Certains suiveurs se détachent du lot, les plus experimentés orientent largement les veneurs, dont une dame les inondant littéralement de conseils, courant à droite et à gauche, la plus zêlée de tous. J’ai tendu l’oreille pour me tenir au courant, mais aussi pour savoir ce qui les motivait, pour découvrir quel genre de personnes suivait ces chasse.
Et j’ai entendu vraiment de tout : des sportifs venus faire du vélo au grand air (dont un qui espérait secrètement que le cerf s’en sorte), d’autres accompagnant juste des amis, en passant par les vrais connaisseurs. Certaines discussions m’ont dévoilé des rivalités entre chasseurs à tir et à courre que j’ignorais : « je suis pas anti-chasse hein, mais quand même, ceux à tir font n’importe quoi, faut arrêter là, ils tuent les plus beaux c’est pas normal».

chasse à courre compiègne accident

Les routes forestières sont occupées sans partage


Notons que dès la traque lancée, la forêt est à eux, toutes les barrières des chemins sont ouvertes (même aux suiveurs sans autorisations), les routes sont bloquées par des convois garés n’importe comment, des chiens désorganisés traversent, les cavaliers ordonnent aux automobilistes de les laisser passer, des fois en agitant la cravache…). Des camions remplis de chiens suivaient l’équipage pour relayer ceux qui couraient. Pareillement des camions de transport de chevaux se postaient tout le long du parcours, attendant des ordres par talkie-walkie.

chiens de rechange

Les « chiens de rechange » transportés en camion

Il semble que l’équipage soit d’abord parti sur les traces d’un cerf 10 bois, mais que celui-ci était accompagné d’un daguet, d’une biche et d’un faon. La traque commençant, il a réussi à s’enfuir (étant le plus rapide du petit groupe), et les veneurs ont poursuivi le reste de la famille pendant plusieurs heures, avant de se focaliser sur le jeune daguet (un cerf adolescent).

Vers 15h plus personne n’y croyait parmi les suiveurs. Je ne suis pas moi-même un grand sportif et mes jambes ne me portaient plus. J’allais abandonner mais vers 16h c’est devenu la folie.
Les 4×4 et les cavaliers se sont mis à foncer dans la même direction. Des suiveurs ont commencé à pousser des cris étranges. Ca voulait dire que le cerf était cerné et allait être tué sous peu !
J’ai foncé avec les autres, camera en main, sans trop réflechir, pris dans le mouvement général. Je ne savais pas trop ce à quoi j’allais assister et j’ai foncé , ne serait ce que pour documenter.
On a jeté nos vélos et on est entré en courant dans une clairière, une clairière à la végétation morte, assez lugubre, avec des hautes herbes sèches et des ronces partout. Difficile d’y avancer.

cerf compiègne

Puis j’ai vu le daguet dans un buisson d’épines, la langue pendante, entouré de tous les chiens aboyants sur lui. Les photographes déjà positionnés mitraillaient la scène avec satisfaction. On était à 4 ou 5 mètres de lui.
Difficile de retenir mes larmes à cet instant, mais quand j’ai levé les yeux autour de moi, quelque chose avait changé. Les types sympas de tout à l’heure arboraient maintenant un sourire carnassier, celui de ceux qui sont venus pour le sang. Une excitation malsaine avait pris toute la place.

Un des valets a sorti une sorte de lance avec une longue lame, et l’a donnée à Alain Drach, qui s’est approché lentement du cerf, par derrière. Celui-ci forçait le trait du chasseur préhistorique, surement pour le spectacle. Il a lentement contourné le daguet, pour le surprendre et ne lui laisser aucune chance, mais celui-ci a bondi et a réussi à rompre l’encerclement ! Dans sa fuite désesperée, il a même sauté par-dessus un cavalier médusé. J’ai eu un instant d’espoir, je me disais qu’il pouvait y arriver !

cerf saute par dessus un chasseur

Le cerf se fraye un passage en sautant par dessus un des chasseurs


Mais il était bien trop fatigué et les cors ont de nouveau sonné 10 minutes plus tard. De nouveau, la course à travers les ronces vers le cerf, de nouveau encerclé, et Drach qui refait le même cinéma.
Cette fois il lui enfonce la lame dans le torse, entre deux côtes. Le daguet hurle de douleur et tente encore de s’enfuir, mais il perdait du sang et les chiens le talonnaient. Je passe alors derrière l’assassin, à 2 mètres de lui, tandis qu’il essuie le sang de sa lame.

cerf hallali compiègne

alain drach essuie sa lame

photographes de mort

Le cerf blessé court encore quelques mètres, devant les photographes.


Quand j’ai rejoint les autres, j’ai trouvé le daguet allongé par terre, tremblant, entouré de ses bourreaux. La meute lui arrachait des lambeaux de chair à vif, et, dans ses yeux équarquillés, on pouvait lire la terreur ainsi que la douleur insoutenable qu’il devait ressentir. Un des valets décide d’étouffer ses derniers gémissements, en écrasant sa gueule de sa botte.

chasse à courre futaie des amis compiègne

Un valet fait taire le daguet mourant

La scène a duré encore plusieurs minutes. Et j’étais là, tout près, à filmer. Impuissant.
Autour de moi les derniers suiveurs et les employés plaisantaient. Sans m’en rendre compte, j’étais le dernier témoin extérieur de la scène, seul avec 3 « professionnels ». La plupart de ceux qui étaient venus “pour le sport”, “pour le spectacle” ou “pour les mondanités” étaient partis depuis bien longtemps, ne voulant pas assumer ce que leur pratique engendrait d’inhumain et de barbare.

J’espère au moins que ce film pourra aider à dénoncer cette hypocrisie. La mort ne peut pas être un loisir. Ces « élites » et leurs suiveurs se croient tout permis et saccagent la nature.
Il faut en finir avec la chasse à courre !

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